EDITORIAL

 
 

 

 

 

 


     Par Nicolas kurtovitch     

 

     

            Cela peut paraître dérisoire, et ça l’est certainement en terme de résultats et aux yeux des « forts à bras » de tout poils, ceux qui tombent « à bras et à esprits raccourcis » sur les citoyens journalistes, notamment, dérisoire également aux yeux des supporters du candidat de l’extrême droite, lors des dernières élections présidentielles, qu’une poignée de citoyens et de citoyennes, écrivains, à peine une vingtaine, disent publiquement leur opposition à ces politiques de l’extrême, de l’intolérance, de l’agressivité, des analyses politico-économiques à l’emporte pièce. Dérisoire certainement l’opposition l’indignation exprimées dans un simple communiqué par ces mêmes personnes, à l’usage de la violence pour faire taire tous les efforts d’expressions de l’Idée. Mais dans cette petitesse justement, réside le refus du conformisme et du laisser-faire, du bien penser et du penser juste, pensés par ceux – le plus souvent eux-mêmes muets - qui voudraient qu’en Nouvelle-Calédonie on ne pense pas trop ni trop fort.

          Est-il question de l’engagement de l’écrivain ? Assurément c’est de cela qu’il s’agit ici. L’engagement minimum que nous nous devions de prendre collectivement à défaut de quoi c’est à un reniement de notre désir d’écriture que nous nous serions engagés par un silence malvenu.

 

          Ce qui est inadmissible dans notre pays, ce n’est pas la pauvreté matérielle, celle qui peut être étape supportée et qui par un espoir réalisable ou une amélioration de la vie matérielle est vécue par des millions de gens.

          Ce qui est inacceptable c’est la pauvreté entretenue, précautionneusement arrosée et protégée ; celle qui n’est que survie sans progrès envisageable, celle qui masque sa pérennité dans des discours lénifiants de développement à venir, celle qui ne garde aucune porte ouverte. La pauvreté due aux salaires misérables qui n’autorisent que l’achat de rations de survie en guise de repas, qui permet à peine l’ajustement de planches et de tôles de seconde main en guise d’habitation, et ceci pour que l’enrichis-sement des autres soit le plus rapide et le plus important possible.

          Cette pauvreté-là heurte la conscience. Elle doit être combattue par des lois du travail, par des lois sociales et ces lois doivent être votées par des assemblées.

          La Nouvelle - Calédonie ne peut pas, ne doit pas accepter que s’installe et perdure une pauvreté programmée, entretenue légalement, qui n’est pas un moment de la vie mais un destin irréversible, inscrit dans la règle sociale.

          Nous ne pouvons accepter que le Pays de demain, aujourd’hui, s’érige en préservant en lui cette misère qui fait qu’un père de famille, travaillant quarante heures par semaine, ne puisse décemment nourrir ni loger sa famille, ne puisse penser ni croire que, peu à peu, son sort va aller en s’ améliorant.

 

 

Avant le poème

il y a ce qui est

inadmissible

 

 

Il y a au premier regard

                        Que la boue

                        Lorsque tout est passé

                        Il reste la boue mouillée

                    Avant pendant après toujours

                        Toute la nuit

                       

                        La boue est le rêve

                        Qui tue le rêve

                        La boue est le futur