Jours N°1
à Nouméa
Les
coordonnées géographiques : 22°00’58’’ Sud, 1, 66°12’55’’Est, ne sont pas
celles de Wellington, mais de La
Tontouta l’aéroport international
de la Nouvelle
Calédonie. Je devais être, aujourd’hui, à Wellington, une
grève des contrôleurs aériens auxquels se sont joints, au cours de la seconde
journée, les météorologistes –j’ai su par la suite que les pompiers en étaient
aussi- interdisait tout déplacement aériens, qu’ils soient locaux ou
internationaux, les avions étaient clouées au sol. Alors que les vols pour la France étaient simplement
retardés, le mien : N.Z 873, il était purement et annulé ! Je dois
attendre que la grève se termine, pas d’autres possibilités car ils ne
reprogrammeront pas mon vol. Je sais les discussions intenses, les oppositions
entre l’Etat et le Syndicat, très prononcées. Je sais que l’époque est à la
confrontation sociale, virulente – depuis maintenant deux semaines, une autre
grève paralyse tout le secteur du bâtiment en bloquant le dépôt de ciment et la
seule usine de fabrication de ciment du Territoire, un inacceptable monopôle
d’un autre temps. J’attends qu’une place ce libère sur le vol du mardi 23
octobre, j’attends de la patience, dans ma tête et mon corps, elle ne vient
pas, la nuit dernière je n’ai dormi que deux heures.
Autour de l’aéroport c’est la Nouvelle Calédonie
économique et « classique » qui s’étend. Mines de nickel à ciel
ouvert couvrant les montagnes de longues et larges trainées rouges où rien ne
poussera plus jamais. Ces mêmes montagnes n’ont plus de sommets, aplaties en
une succession d’immenses marches, comme des pyramides Maya ou des Ziggourats
profanes. Plus bas, les plaines sont vouées à l’élevage bovin. Avec un peu
d’imagination je pourrais me croire en Nouvelle Zélande, grâce aux vaches, bien
que ce pays soit plus connu pour la qualité de son élevage de moutons. On
ignore la qualité de sa production laitière. Je me souviens qu’à une certaine
époque, c’est justement l’importance du commerce agricole entre la Nouvelle Zélande
et l’Angleterre qui freinait l’entrée de
celle-ci dans le Marché Commun.
Je pense à la Grande Terre, ses
hauteurs, ses vallées, les longues plaines sur la côte ouest, toutes ces
beautés mais aussi sa dureté. Ici c’est un pays dur avec malheureusement très
peu de place pour la souplesse c’est la son drame, il me semble. Si la dureté
donne aussi, parfois, la force et la puissance, la résistance et le courage,
cette absence de souplesse qui lui est trop attachée encourage à la rigidité
comme illusion de la droiture ou de la rigueur. La difficulté à s’ouvrir, à
regarder, à apprécier l’autre, le quasi refus généralisé, partager par toutes
les composantes communautaires du Pays, d’envisager progresse par l’autre tout
autant que par soi-même, vient de la combinaison non équilibrée de ces
caractéristiques. Alors je me projette à Wellington, le vent, le détroit de Cook,
la mer agitée, perpétuellement, les chapelets de cailloux jetés dans l’eau,
certainement au moment de la
Grande Pêche qui ramena l’île du fond de l’océan, ces
cailloux deviennent rapidement à l’approche de la côte, rochers puis îlots et
îles plus ou moins habitables autour desquelles la houle se métamorphose en
guirlandes blanches et mouvantes. Je sais que James Cook ne s’est pas aventuré
dans ce détroit séparant les deux îles principales de la Nouvelle Zélande,
de peur de ne pas être capable de surmonter les difficultés qui s’y
présenteraient –on reconnait là la grande humilité du véritable marin. Tout
comme, bien plus au sud, il refusa de s’aventurer dans Doubtfull
Sound, incertain d’en ressortir à cause des vents mal disposés, des courants
peut-être, des pièges qui s’y cachaient certainement, mais aussi, j’aime à le
croire, pourquoi pas, j’aime à imaginer qu’il n’y ait pas entré de peur de ne
jamais VOULOIR en ressortir, découvrant soudain son trop grand attachement au
Pays nouvellement découvert. Ne jamais revoir ni l’Angleterre ni sa femme, lui
aurait été insupportable, il en serait mort. Il le savait.
N.Kurtovitch