Jour N°31
« Rangi »
le père céleste, se joint à « Papa » la terre mère, en une amoureuse
étreinte. Au sein de cette étreinte, coincé entre le ciel et la Terre (c’est ainsi que je
l’entends) le Monde est dans une nuit perpétuelle. « Papa » couvre sa
nudité de divers végétation, feuilles et fougères qui ne manquent pas par ici,
elles finissent toutes par moisir. Leurs enfants, évidemment se lamentaient
continuellement des conditions de vie lamentables imposés par des parents
relativement égoïstes, ne pensant qu’à leurs étreintes. En d’autres lieux bons
nombres d’enfants se seraient déjà révoltés où pour le moins auraient quitté la
maison, « pour faire la route ! » finalement ces enfants étaient
comme les enfants partout ailleurs - heureusement sinon le monde ne serait pas
cet Eden de lumière et de beauté que nous connaissons en ce début du XXIème
siècle, n’est-ce-pas ?’ Ils se décidèrent à faire quelque chose. L’un, Tu-matauenga, Dieu de la guerre, suggéra que ces parents
insensibles à la détresse de leurs propres enfants devaient être tout
simplement tués pour ensuite être séparés. Solution radicale s’il en fut. Par
chance ce Dieu combattant n’était pas le seul dieu de la fratrie, son collègue
et frère, dieu des forêts et future père du « genre humain » rien de
moins, s’y opposa, avec succès comme nous le verrons. Il suffira de les séparer
de force et s’assurer que le Ciel reste à sa place, en haut, puis que la Terre en face de même, en
bas. Il suffisait d’y penser. Tous les fils, sauf un évidemment, accédèrent à
cette proposition et s’efforcèrent de séparer Rangi
de Papa, tirant, poussant, frappant du pied, des poings, suant à grosse goutte,
vidant maintes calebasses d’eau et –pourquoi pas- de bière, je les imagine
perdre patience et commencer à se demander si la proposition du belliqueux
n’était pas en fin de compte la meilleure. Au bout d’un moment –l’Histoire ne
précise pas la durée des efforts précédents – l’un des garçons, bien décidé à
en finir avec cette affaire tant il en avait assez de vivre dans le noir alors
que la lumière devait bien pouvoir exister si on s’en donnait la peine, Tane-mahuta, c’est de lui dont il s’agit, plaça ses épaules
contre la Terre
et ses pieds sur le Ciel, avec force il poussa, poussa, les tendons qui
tenaient les parents liés, pleurèrent mais finirent pas se déchirer, il n’en
continua pas moins ses efforts, à la fin, il réussit et put établir le Cil en
haut et la Terre
en bas. Aussitôt, eux qui n’ont connu que l’ombre et la nuit, les enfants de
Papa et de Rangi, connurent enfin la lumière, et les
enfants de Tane –celui qui a eu la bonne idée de ne
pas tuer ses parents – les arbres, les oiseaux et les insectes de la forêt vont
pouvoir respirer à leur tour, ils vont hériter de la vue et de la
motricité !
Cette
première étape est belle, tout simplement, les enfants qui donnent, en fin de
compte c’est de cela qu’il s’agit, naissance à leurs parents ! Et dans la
vie n’est-ce-pas souvent ainsi ?
Mais
ce n’est pas terminé, l’affaire va se compliquer avec l’expression du
ressentiment du frère, Tawhiri-matea, celui qui avait
refusé la solution de la simple séparation, il rejoindra le Ciel et, pour
résumer, sera à l’origine du tonnerre, des pluies torrentielles et toutes ces
complications qui nous tombent sur la tête et sur celles des enfants de la
forêt. En ce qui concerne la
Nlle Zélande proprement dit
l’origine est double. Il a d’abord fallu créer la première femme, Tane-mahuta, encore lui, va s’en charger, il va s’unir à
elle et procréer, des demi-dieux, des demi-hommes, l’un d’entre eux est le
fameux Maui, un dieu connu et aimé dans toute la Polynésie. – Un
mémorable disque pirate (bootleg pour les anglais) de Jimi Hendrix à justement
pour titre, « son of Maui », il nous restitue quasiment l’intégral du
concert qu’il donna à Hawaï- il ira à la pêche avec ses frères, les
tribulations vont se multiplier mais il en ressort que ces derniers, les
frères, ne l’auront pas écouté et n’auront pas suivi ses recommandations. Le
gigantesque poisson que Maui pêcha se transforma après son agonie en une
surface rugueuse et montagneuse, à causes des mutilations causées lorsque les
frères, sourds aux injonctions de Maui sautèrent de la pirogue et commencèrent
d’arracher des lambeaux de chaire du poisson. Ce fut « Te Ika-a-Maui », « le poisson de Maui ». L’île
du Nord.
Quant à l’île du sud, il faut savoir qu’avant
de connaître « Papa », la
Terre, « Rangi », le
Ciel, eut une autre femme, Pohato-te-po bien entendu
ils eurent des enfants dont l’un est Aoraki. Ils
s’opposèrent au second mariage et s’enfuirent en pirogue. Ils échouèrent sur un
récif, attendirent, attendirent les secours, attendirent toujours, et ils
attendent encore, ce sont les Alpes du Sud et le Mont Cook ou…Aoraki.
En fait le nom de l’île du Sud est : Te Waahi Pounamu, en référence aux
« pierres vertes » le jade.
Il y a bien entendu la version scientifique,
géomorphologique, tectonique et compléments, de la création de ces îles ;
Comme pour la création de Uluru – voir
« Autour de Uluru »- je n’y vois pas de contradictions, plutôt des
explications complémentaires, chacune interpellant une partie de notre esprit,
chacune répondant à des besoins différents ; par chance nous ne sommes pas
constitué d’un seul tenant, gardons bien vivante la pluralité de notre être.
N.Kurtovitch
PS
merci à Michael King qui à travers ses « History
of new Zealand » et « Nga
iwi O Te motu
1000 years of Maori History »
a mis cette Histoire à la portée de tout le monde.