Jour N°41

 

            Tinakori road abrite la maison natale de Katherine Mansfield, trois ou quatre galeries, une librairie qui est aussi une galerie, la résidence du Premier Ministre, l’Ambassade de Chine populaire, une bonne douzaine de restaurants, ceux que nous avons fréquentés pour le moment sont tous de très bonne qualité avec un vrai accueil, chaleureux tout en restant très simple, une blanchisserie, très pratique lorsqu’on réside au Randell Cottage, une épicerie –grocerie- tenue par une famille indienne. Un peu plus loin vers le sud à partir du croisement de St Mary street et Tinakori Raod, il y a une maison, il me semble qu’elle a pu être un hôtel, avec écrit sur le fronton « isola bella » ; le nom de la villa que K.M a habitée à Menton. Mais une autre construction mérite l’intérêt. Le bar-hôtel Shepherds. Il est là, solide dans sa charpente et ses deux étages de bois, sa véranda de côté, le meilleur endroit à la tombée de la nuit pour boire une bière. A l’intérieur le « comptoir » circulaire est au-milieu de la salle, l’impression d’être là où se sont tenus debout, accoudés au bar ou à l’une de la douzaine de haute table, des milliers de Néo-Zélandais depuis le siècle dernier, sans que l’atmosphère n’ait variée d’un iota, est immédiate. Cette véritable institution dans Wellington à été créé par un certains Gillespie en 1870. Chambres à l’étage, repas et boisson au rez-de-chaussée et en extérieur. Ce Gillespie n’’a pas eu une vie facile, c’est à ce demander si à cette époque il existait des vies faciles, je ne crois pas, ni ici ni ailleurs. Lorsqu’il a eu douze ans, son père et son frère ainés ont été tués par un groupe de Maoris, dans l’arrière-pays de Wellington. Le garçon a fait divers métiers pour s’établir un temps comme charpentier. Et puis, sur le tard, il crée son « Shepherds Arms », qu’il tiendra jusqu’à sa mort. Il y a d’autres maisons intéressantes dans cette rue mais tout ne peut être dit ni raconté.

L’essentiel reste indicible. Ce qui s’écrit ou se raconte n’est qu’une difficile transcription, le pâle « reflet dans miroir déformant », de nos émotions ou de nos intuitions, pour n’en dire que trop peu. Et s’il s’agit de dire son amour, son amitié, tout autant sa colère sa révolte, il faut alors au lecteur une grande disponibilité, une véritable faculté de laisser vivre en lui un vide sémantique, être alors capable de recevoir le plus possible de cette tentative de l’auteur, vers l’impossible. « L’ignorance est seule source d’équilibre » à dit le poète en tentant d’exprimer l’attitude nécessaire face à l’autre culture, surgissant devant lui, en compagnie de laquelle il comptait cheminer un long moment. Se vider des fausses connaissances, hâtivement amassées, abandonner certitudes et présomptions, ne rien emporter avec soi au moment de la rencontre, être alors perméable et disponible, l’équilibre entre soi et l’autre vient naturellement. Cet équilibre aidera à l’émergence de l’espace indispensable entre « lui » et « moi », dans cet espace sera ma relation, et seulement là. Pour que cet espace soit vrai, je me dois d’être ce que je suis. Rien de facile sinon « laisser venir à soi », comme le dit Jean-Claude Bourdais.