Jours N°43

 

          On fait quelques pas au-delà de St Mary Street, le haut de la rue dépassé, c’est en terre, puis quelques marches, une trentaine, abruptes, au premier palier au bout de vingt marches, une petite entrée sur la gauche, sous les branches, un chemin davantage qu’une allée jusqu’à une maison, de bois, un étage, peut-être deux mais je ne vois pas bien depuis les marches. Je ne suis pas allé plus loin, inutile, la vue de la maison me suffit pour en apprécier le site, la beauté, la simplicité, sentir le désir d’y vivre. Les marches continuent. Lorsqu’elles se terminent on est en hauteur, une trouée dans le feuillage permet d’apercevoir en contrebas Tinakori road, le carrefour avec Bolton Street, au loin une petite partie du port. De là un sentier part vers la montagne. La pente est raide, il faut se pencher en avant, éviter la nonchalance, adopter un pas dynamique, ne jamais baisser de rythme. Impossible de regarder le paysage, la forêt devant, les buissons sur les cotés, résultats d’une tempête d’il y a deux année, elle avait tout enlevé sur les flancs de cette montagne, le service des forêts à fait le reste ; nettoyage, dessouchage, plantation de nouvelles espèces à croissance rapide. Ce n’est qu’une fois arrivé à un premier replat que je vais pouvoir me relever, me tourner, contempler la baie de Wellington. Ce n’est pas le trekking dans les Alpes, non, mais les muscles des cuisses sont chauds et tendus. En ces instants j’ai le sentiment que rien d’autre ne vaut la peine, la vie au quotidien ne vaut que pour ces moments-là, l’écriture fait alors partie de ce quotidien qui n’a de sens qu’en tant que transition vers le moment d’être en montagne depuis la une rue plate sans horizon où les personnes croisées marchent à vive allure, tout comme moi, là-haut, tout à l’heure, je marchais vite sur le sentier redevenu plat, courant cette fois au flanc de la montagne bien au-dessus de St Mary, mais la vitesse des marcheurs de rue est le résultat de l’urgence au travail, de la précipitation obligatoire, le pas est rude, il martèle béton, manque par trop de souplesse, l’allure est disgracieuse, inefficace sur la distance. Si nous marchions relativement vite, parce que je n’étais pas seul là haut, c’est pour davantage sentir les odeurs, sentir l’intensité de l’air dans nos poumons, combattre le froid, c’est aussi pour ne pas avoir à parler, préserver à chacun un espace de reconnaissance, d’évolution où nous pouvons entendre notre propre esprit dialoguer sereinement avec la nature alentour.

Etre au 14 St Mary Street dans le quartier de Thorndon, c’est également vrai pour toute la ville de Wellington et toute la Nouvelle Zélande, c’est aussi la possibilité d’une proximité de la nature. Il faut accepter et vouloir la vivre, sinon cette nature n’existe tout simplement pas. La nature n’est plus que très rarement imposée à l’homme, c’est donc à lui que revient en définitive la décision de créer le lien avec cette montagne, avec ces forêts, cet océan. Une fois encore il en va du libre arbitre. Dans les pays d’Océanie nous ne sommes jamais loin de la nature, dix minutes, une, deux heures au maximum, à pieds, en voiture, et nous y sommes. En être, ne pas en être, c’est affaire de décision, de choix, une orientation, une direction donnée à sa vie, celles de ses proches.

 

                                                 N.Kurtovitch