Jour N°51

 

          Aujourd’hui j’ai rencontré Tia, John, Bennet. Il y a un mois nous nous somme vus, il m’a donné son contact et nous avions pris rendez-vous pour ce mardi 11 décembre. En fait John est un « vieil ami de la famille ». A la fin des années soixante il est venu à Nouméa parfaire son français, en tant que futur enseignant. Puis au tout début des années soixante-dix il est venu en poste à la C.P.S (à l’époque Commission du Pacifique Sud, aujourd’hui, Communauté du Pacific), c’est à ce moment-là qu’il a rencontré ma mère, alors qu’elle travaillait au service des archives de cette institution issue de la Seconde Guerre Mondiale. Lorsqu’au téléphone, le mois dernier, je lui ai dit avoir rencontré quelqu’un qui la connaissait de l’époque de la C.P.S, un maori, elle m’a immédiatement dit : « c’est John ». Elle a ajouté : « c’était un beau jeune homme, si gentil ». John aussi se souvient de ma mère, et de moi par la même occasion. Aujourd’hui nous avons parlé d’enseignement, d’élèves qui ne font pas « le boulot », de différences culturelles, réelles, qui cependant ne justifient pas tout, et surtout la culture n’est jamais là pour justifier un manque d’énergie, d’engagement de courage et de détermination. Tout au contraire. Il revenait d’un long voyage professionnel (il est actuellement en poste au ministère des Affaires étrangères) qui l’a conduit en Europe et en Egypte. A Paris il a visité le musée du quai Branly, tout y est remarquable m’a-t-il dit, son espoir : « il ne voudrait pas que l’on passe à côté d’autres conceptions du monde que celles qui prévalent aujourd’hui, il existe d’autres façons d’appréhender la vie et les devoirs, les relations humaines et les priorités, ces « ailleurs « me dit-il peuvent être, pour le moins intéressantes ! Passer à côté de la rencontre d’une autre civilisation, c’est toujours regrettable. La nouvelle Zélande aujourd’hui essaie de prendre en compte, me dit-il, ce que la civilisation Maori peut apporter dans l’édification d’une société néozélandaise originale et qui ne soit pas qu’une fidèle réplique de la civilisation anglo-saxonne pour ne pas dire américaine. Je crois qu’il en va de même pour tous les Territoires de l’Océanie. Nous avons parlé de l’indépendance en Nouvelle Calédonie, son éventualité ou sa non-éventualité. A la question –la question dix fois posée depuis le début de mon séjour- une indépendance est-elle « viable » ? Nous ne faisons aucune réponse, tant la question est délicate, complexe, cela même sans aborder les questions sémantiques de « indépendance », et de « viable » ! Et l’idée d’Indépendance n’a évidement pas qu’une dimension économique. Simplement nous soulevons de nouvelles questions, de nouvelles perspectives, de nouvelles orientations, de nouvelles incertitudes, de nouvelles obligations, pour une administration, une politique, un état, pour les habitants, surtout les « personnes » dans leurs engagements, ce qui nous a renvoyé à l’enseignement ; nous nous sommes dit qu’attendre un nouveau coup de pistolet du starter, pour démarrer son travail scolaire, ses études, sa formation, n’était vraiment pas la bonne attitude en ce moment, que cela relevait davantage de la justification au laisser-aller, que de l’engagement.

Ce n’était qu’un échange à l’heure du repas, avec une personne qui connait bien les différentes situations et ne pratique pas la langue de bois. Toujours en recherche, curieux des autres, je l’apprécie beaucoup. John et moi, nous avons encore beaucoup à échanger, tant il existe des similitudes entre nos deux pays, mais aussi des abords différents, parfois complémentaires des questions.

 

                                                           N.Kurtovitch