Jour N°57
A
Wellington la ville est grande
C’est l’heure de marcher / de
pas en pas / d’un arbre à l’autre / secondes et secondes / à la suite / l’arbre
d’en haut / interpelle celui / plus bas / celui-là dépassé depuis un moment / quelque
hauteur gagnée / de là descendre dans l’inconnu / une autre marche / en petites
marches / terre grise tenue / par de courts rondins / les fougères à leur tour
/ s’emmêlent / entre mes doigts / c’est le temps de couper / à travers les bois
/ d’une traite / d’une trace à l’autre / mes pieds en se posant / les semelles
/ de mes chaussures écrasent / une branche morte / réveillant certainement / dessous
/ un invisible insecte / je le nomme / d’un nom inventé / continuer après le
salut / à la bête au travail / jusqu’à cet autre bosquet / évitons au passage /
le piège de la trouée / d’où / je verrai hauts les murs / affligés de fenêtres
/ du début de la ville.
Aujourd’hui il a plu
le petit jardin sous l’eau
le jardinier hier était là
deux arbustes font ma forêt
C’est l’heure d’être en
chemin / jusque chez moi / un carrefour une rue / que je connais / j’y séjourne
/ de temps à autre / hélas / j’en perds l’adresse trop souvent / il faut aller
/ de marches en marches / de nouvelles marches / taillées dans la terre brune /
sans pierres ni rondins / celle-ci est battue ferme / après une vingtaine de
ces marches / c’est le calme et la beauté / là / offerts / pour rien d’autre / quelques
pas / merci aux habitants de Wellington / ils ont su / ne pas signer leur
présence / laissant à la montagne / la place en totalité / merci à ces
jardiniers / de Wellington / du chemin qu’ils ont tracé / c’est le jour aujourd’hui
/ d’être esprit et corps / en montagne.
Nous projetions d’aller en montagne
les arbres les sentiers nous attendaient
sous ce ciel sombre soudain la pluie
nous avons tiré les rideaux pour mieux
écouter
Quelque temps passe / je suis
toujours pas et pas / de brousse en brousse / l’heure ne change plus / le
soleil arrêté / le vent agite les feuilles / au-dessus de ma tête / d’arbre en
arbre / je vais à l’aventure / mes amis convoqués / viendront / là-bas bien
après / je distingue une clairière / larges branches / caressent l’espace / c’est
donc là qu’ils seront / le temps pour moi / d’y être / encore un autre sentier exploré
à vive allure / l’allure n’a pas de vitesse je suis tout en elle / muscles et
tendons totalement concernés / la marche il n’y a rien de plus utile / être en
ce moment là où je suis / marchant pas et pas / à la rencontre de l’Univers / c’est
si simple mais peu comprenne / taxé de rêveur vivant dans l’illusion / ce sera
encore une fois l’incompréhension.
Le long de cette pente
après la tourmente
les forestiers ont tout ôté
branches cassées arbustes brisés
Les jambes sont lourdes
à l’assaut du sommet
par l’un des côtés ou droit devant
pourquoi y aller ce matin encore
Dans quelques heures / rien
ne restera / de ces pas / l’œil en aura fait le tour / l’un après l’autre / des
sentiers de terre ou d’herbe / ceux-là s’élèvent depuis le ciment / à l’assaut
de la colline / ils osent / ils s’insinuent entre les immenses pins / venus
d’Amérique / ils les accompagnent dans leur élan / je suis à la remorque / je
suis pas et pas / au plus près de mes nouveaux amis / aujourd’hui est le jour /
d’entendre les oiseaux inconnus / dans les hauteurs / trop d’invitations
lancées / je ne peux assumer de conquérir le ciel / aujourd’hui est le temps de
me trouver / là à aimer marcher pas et pas / dans le silence au cœur de
Wellington / et dans d’autres heures / de mon passage rien ne restera / il y
aura encore pour moi seul / l’exaltation.
Les peintures de la vie simple
la pluie le travail en montagne
je ne peux trop souvent les regarder
mon y disparaîtra à jamais.
N.Kurtovitch