Jour
N°59
Au début du mois de décembre
je suis allé à l’Alliance française de Wellington, y lire quelques textes
courts, dont celui-ci. Ce texte et les autres sont anciens, je les ai remaniés
pour l’occasion. Cette lecture m’a permis d’effectuer un voyage, et dans
l’espace, me retrouvant à Nouméa, et dans le temps, doublement, me retrouvant
simultanément au temps de l’écriture des textes, et aux temps relatés par
chacun de ces textes. Une expérience agréable, bienvenue durant ce séjour.
Là
où je suis, là où j’ai grandi, ma terre n’était qu’un bout de ciment, un bout
de « coaltar ». Sous mes pieds nus, pas de terre, pas de boue, ni de poussière par temps sec. Rien que du propre, du lisse, de
bien net, facile à laver, du béton et de temps en temps du plancher qui craque,
qui est vieux avec des échardes mais qui est doux, qui est gris, qu’on ne cire
plus depuis longtemps.
Dans la
cour, -- la maison tout en bois est située tout au bout de la rue et la cour
s’étend par derrière, elle aurait pu être en terre battue comme souvent encore
dans ce vieux quartier, mais pour des raisons de propreté, d’hygiène et de
facilité, de modernité même osait-on prétendre, elle a été sommairement dallée
avec de grands blocs de béton d’un mètre sur un-- dans cette cour donc, le ciment
a aisément et complètement remplacé la terre. Entre les dalles parfois la
jointure n’est pas parfaite et si au début rien ne passait dans ces
interstices, au bout de quelques semaines, de l’herbe sauvage avait réussi à
poindre là où elle n’aurait pas dû, là où quelques centimètres carrés de terre
subsistaient. Personne ne songeait à arracher ces herbes mauvaises. Tant mieux,
mes pieds pouvaient alors s’y perdre et peu à peu s’enfouir entre les dalles et
trouver ce qui leur manquait ; un peu de mou, de l’humide, du doux, quelque
chose de surprenant et de changeant.
Il y a quelques jours en passant près
de cette maison que plus personne ne semble habiter, où j’ai pourtant vécu
plusieurs années de ma petite enfance, loin des miens mais nullement abandonné,
j’ai croisé un homme, il attendait sur le trottoir, aujourd’hui parfaitement
rectiligne et aplani, aménagé de lampadaires, de poubelles et d’un caniveau
propre parce que régulièrement nettoyé. Cet homme ! Il était vêtu de
quoi ! ? De haillons dirait-on, de vieux vêtements rapiécés,
récupérés sur le tas que le Secours Catholique refuse de prendre et abandonne
dehors, sur le côté de la porte principale de leur local, à quelques pas de
N.Kurtovitch