Jours N°3
à Wellington
Partir en voyage vers un pays aimé,
connu, amical, c’est une joie. J’éprouve cette joie chaque fois que je m’en
vais au loin.
Aujourd’hui je suis
triste, c’est tout juste si je ne pleure pas un peu. C’est en arrivant que cette
tristesse m’envahit, brusquement à l’escale d’Auckland, sans que je ne m’y
attende. Elle ne s’est pas annoncée. Elle aurait pu ; mon cœur qui «
se sert » quelques secondes au départ, mes pensées, qui s’attardent alors
que les nuages blancs encerclent l’avion, quelques signes anodins, sans danger,
faciles à décoder et le tour est joué. Rien, le coup
est d’autant plus rude. Cette tristesse parce que je
laisse ceux avec lesquels j’aime pardessus tout vivre au quotidien. Je ne
souhaite pas cet abandon ni la solitude qui va avec. J’ai surtout la crainte
que cette tristesse, en fin de compte habituelle, même si j’ai mis du temps à
le réaliser, ne s’en aille pas de toute la durée du séjour, annoncé « près
de quatre mois », c’est assez long.
Voilà une crainte à laquelle
je ne m’attendais pas en préparant ce voyage, me projetant dans les diverses
occupations des jours à Wellington.
La dernière étape, on
m’attend, j’espère que ce sera simple. Mais avant d’atterrir à Auckland
quelques heures plus tôt j’ai eu la possibilité d’admirer la point extrême Nord
de la Nouvelle
Zélande. Une pointe de terre extrêmement étroite s’étire sur
plusieurs centaines de kilomètres, la côte ouest de cette pointe est une
immense plage dont la courbure, à peine décelable, donne malgré tout l’impression d’avoir affaire à une partie d’un sabre de
combat de samouraï. L’autre côte de cette pointe de plus en plus large à mesure
qu’on avance vers le sud, est une côte rocheuse découpée en une multitude de
courte et ardente baies, ce sont les innombrables rochers, noirs et déchiquetés
aperçus par le hublot qui donnent cette impression de dynamisme, d’urgence. Peu
avant Auckland ces baies s’élargissent comme pour annoncer la splendeur de la
baie d’Auraki où se niche la ville à l’étendue hors de proportion au regard de
sa population. Ici nul immeuble d’habitation, nulle H.L.M, nulle barre
d’immeuble et autre monstruosité urbaine. 0 chacun sa maison, quand bien même
elle serait des plus simple, rustique, mais au moins c’est une maison, avec un
bout de jardin, un espace à soi, pour le barbecue du dimanche. Concession de la
dernière décennie à cet idéal de vie, des logements gouvernementaux constitués
de deux maisons, avec un seul étage, jumelées.
A l’atterrissage les
enfants dans l’avion ont hurlé de joie, ils me l’ont dit, pour la première fois
ils ont quitté la
Nouvelle Calédonie, neuf jours pour découvrir Weelington et
sa région, ils ont moins de dix ans, ils viennent d’une école primaire, privée,
catholique, ils sont Kanak, Wallisiens, Indonésiens, Océaniens d’origine
européenne, trois adultes les accompagnent, ce ne sera pas du gâteau même si je
vois leur yeux briller, avec discrétion ! Quel bonheur, quelle joie, à cet
âge, tout à la découverte, pas de pensées parasites, pas de distraction à l’émerveillement,
aucune tristesse enfouie qui saurait se faire reconnaître, en traitre,
Bravo ! Je vous envie et tant pis pour les lunettes de soleil, verres
fumés pour certaines, totalement inutiles, que vos aînés vous nt convaincu de
porter, posées pour la plupart dans vos cheveux bien trop courts, pour que vous
les imitiez, les rassuriez.
N.Kurtovitch