Jours N°11

 

          Sounthern pole cold evening

          On top of the well known hill

          The old stones appear from the past

          Offering worm feelings to the travelers

En arrivant à Christchurch je suis allé au « Sign of the Takahe ». C’est une grosse bâtisse, construite en pierre et en bois de la région. Il y a deux étages mais aucune véranda, la permanence d’un vent fort en limiterait beaucoup trop l’usage. C’était jour d’inauguration, le vent était de la partie, malgré que les pelouses aient été aménagées pour recevoir la centaine de personnes présentes, nous nous sommes tous très rapidement réfugiés à ‘intérieur, bien au chaud. Le poème ci-dessus, je l’ai le lendemain, donné au gérant de cette belle et historique maison. Il y crée, en ce moment même, une halte pour les voyageurs.

          Ce que je retiendrai des quelques heures passées à Christchurch se ont avant tout, les pierres, de grosses pierres taillées an carrée, bien empilées les unes sur les autres, avec science et mémoire, afin d’édifier à l’identique de ce qui se faisait à la même époque en Angleterre, les églises, temples, universités, collèges et quelques autres bâtiments municipaux. A part cela, peut-être retiendrais-je très la longue allée de saules pleureurs -« willow tree »- encadrant la petite rivière Avon. Elle traverse lentement la ville et donne l’occasion de marcher sous des arbres, au milieu de fleurs magnifiques. Elle sert aussi de voie de communication aux canards qui s’y réfugient lorsque la chasse est ouverte, plus loin au sud dans les lagunes. Autre constat, une seule femme sur un groupe de neuf ou dix de porte pas de couleur noire dans ses vêtements, j’ai pu renouveler ce calcul à  plusieurs reprises, dans la rue, au café, à la réception du « Sign of the Takahe ». Redoutable statistique. Je sais que les Fidjiens aiment tout autant la couleur noire !

          Les quelques heures sont finalement tout un week end, je modifie peu à peu mon regard sur cette ville. Ce n’est pas au premier coup d’œil que l’œuvre des hommes se dévoile peut se comprendre. Le long de la rivière Avon, les saules pleureurs bien sûr, mais aussi quantité d’autres arbres dont je ne connais spas les noms –faut-il aller chercher dans les encyclopédies ? Ce n’est pas mon propos, malheureusement-. Certains ont des dimensions impressionnantes, plantés-là dès l’arrivée des premiers colons, d’autres encore bien plus ancien m’a-t-on précisé n’en ont pas pour autant de dimensions remarquables. Certains arbustes sont aujourd’hui couverts de fleurs, blanches, ils donnent l’impression d’être des parasols coloriés. En me déplaçant plus dans l’arrière pays, l’impression d’une vie intense est bien confirmée. Il y a de l’intention dans l’organisation des campagnes, du goût dans l’aménagement des maisons, des trottoirs. Les habitants sont très amicaux, c’est en définitive cette amitié qui seule peut donner la certitude que la vie aux côté de ses semblables vaut la peine d’être vécue. Sans amitié comment vivre ? Quelque soit le lieu, si aucune amitié ne se développe, alors les hommes de ce triste lieu sont condamnés à la peine, la rancœur, l’anxiété, l’envie et des luttes stériles, passant à côté des luttes, des combats qu’exigent les véritables besoin des hommes, de leur sociétés. Par moment, j’ai pleine conscience que c’est ce dont nous manquons en Nouvelle Calédonie, l’amitié véritable.

 

          Le mieux c’est encore de marcher

          Le nez tout en l’air

          Là les fumées de quelques cheminées

          Entendre le bruit des hommes

 

          Fiona Farell écrit en ce moment un roman, son sixième, l’héroïne est géologue. Les pierres ont une grande place dans ce roman. Le père de l’héroïne a disparu, il y a plus de vingt ans, elle va partir à sa recherche, en Nouvelle Zélande puis en Irlande, où se déroulera la plus grande partie de l’histoire. C’est tout se dont Fiona a bien voulu me raconter. Elle utilisera la métaphore des couches géologiques empilées les unes sur les autres, formant collines et montagnes, mais aussi certaines sortes de pierres. Nous étions à Akaroa, dans un petit restaurant tenu par le fils d’une amie de Fiona présente à notre repas. Ce village connu de tous dans l’île du sud conserve intact des traces de la présence pionnière des français. Le musée donne les noms, les généalogies, les photos de certains d’entre eux, les rues Lavaud, langlois, le village Eteveneaux, sont leur présence jamais interrompue, les descendants sont là mais peu nombreux, certains habitent la maison ancestrales !. Il ya à porté de vue, cette magnifique petite péninsule à l’intérieur du « grand port », celle-ci fut le lieu d’un drame guerrier au cours duquel une tribu entière  - l’une des « Kai Tahu » le peuple de la terre- fut décimée par ses ennemis, après une défense héroïque ils succombèrent sous le nombre, et pourtant l’emplacement de leur fort de défense était on ne peut plus bien choisie, hélas le nombre a fait, et fait encore souvent, la différence. Fiona vit un peu en retrait d’Akaroa, une petite baie où dans sa maison elle accueille les randonneurs pour une nuit, avant qu’ils s’en aillent pour la plus difficile étape de la marche. Elle s’est échappée il y a dix ans de sa baie, pour se rendre à la résidence de Menton, six mois durant, elle en garde encore assez de français pour que nous puissions échanger toute une après-midi en buvant du café. Dehors il y avait du vent, il faisait froid, tout droit, par la mer il y avait, très loin,   .

C’est peu probable que je revoie Fiona d’ici la fin de mon séjour. A moins qu’elle ne vienne à Weelington, pour ma part ce n’est pas prévu que je retourne à Christchurch. C’est dommage, nous sommes bien entendus. Nous ne partageons pas exactement le même point de vue à propos des cultures originales que les Néo Zélandais –autre que Maori- et Calédoniens –autre que kanak- « auraient ». Il y a certainement à s’entendre sur ce que chacun entend par « culture » mais nous nous sommes retrouvés par contre sur l’existence d’une véritable identité propre autant aux Pakeha, qu’aux Calédoniens d’origine européenne, en comparaison des Anglais et Français du vieux continent. Je préfère dire « Calédoniens d’origine européenne », même si c’est long voire laborieux, plutôt que « caldoche » mot aujourd’hui connoté bien trop négativement depuis les usages et les représentations qu’en ont fait hâtivement et par facilité intellectuelle, les journalistes métropolitains au début des années quatre-vingt. Un peu comme si on avait prétendu, à l’époque, que tous, absolument tous les Nord-Africains non-Arabes étaient, racistes, colonialistes, violents, obtus, riches, et bien entendu membres de l’O.A.S ! Combien je préfère l’appellation qu’emploi les gens de Lifou pour désigner les calédoniens-européens : « kamadra », si mes souvenirs sont exacts il s’agit de préciser que ces gens qui arrivent, les européens, bien que blancs, couleur de la mort, sont bien vivants puisqu’ils ont du sang, qu’ils sont donc, rouge.

          Depuis le pôle sud

          Rien ne l’arrête

          Cet air me pique les yeux

          Où va-t-il après la plage

 

                                                                     N.Kurtovitch