Jour
N° 23
L’entrée de la baie de Wellington est
très étroite, plus étroite que celle de Sydney, c’est un véritable goulet
qu’une succession de rochers émergeant à peine de la surface rende encore plus
périlleux. De nuit, par temps couvert, sous l’orage, y pénétrer relève de
l’exploit. Nous avons pris note déjeuner de « Fish and chips » à
quelques pas de quelques uns de ces rochers, des images de naufrages, de
naufrageurs n’ont pas manqué de surgir à mon esprit. Ouessant n’est pas si
loin, la pensée couvre toutes les distances, les rochers ont quelques furtives
secondes, rapproché de moi des amis laissés en
Bretagne.
Le
père de John Mc Donald est arrivé, d’Ecosse directement à Wellington au début
du 20ème siècle, il avait tout juste un an. Son propre père avait
quitté sa patrie, contraint à l’émigration par trop de pauvreté, absence
d’espoir, impossibilité d’envisager l’avenir avec confiance, partir fut le lot
de beaucoup de ses amis, de compatriotes inconnus. Cet homme, à peine arrivé
depuis une douzaine d’années, laissa sa femme et ses quatre enfants pour partir
à la guerre, celle de Quatorze. Il fit la bataille de Gallipoli et mourût sans
revoir ses enfants ni sa femme, la mère de notre ami John. Celle-ci éleva donc
ses enfants, seule, ils étaient très pauvres. Les garçons eurent très vite un
métier, le père de John devint charpentier.
Les enfants, vous êtes nos joies, vous
êtes nos tristesse, vous êtes nos peines. Trop
d’impuissance, que pouvons-nous faire ? Etes-vous heureux ? Nous
sommes tristes de notre inquiétude. Je ne cesse de m’interroger, quêtant chez
vous le moindre signe rassurant. Ils sont nombreux, ma mémoire me rassure, je
crois votre bonheur. Nous avons trop d’inquiétude pour l’être à notre tour. Vos
voies sont magnifiques, la mer, la danse, la recherche, faites ce qui vous
exalte, vous trouverez la joie. Nous échangions nos sentiments d’impuissance
permanente.
Cet
homme, John Mc Donald, je le reverrai encore, deux ou trois fois, en compagnie
de sa femme, peintre elle prépare en ce moment une exposition pour la fin du
mois ! Mais ensuite. Après mon retour à Nouméa, je ne le verrai
certainement plus jamais. Je me dis : « ce n’est pas
nécessaire ». Nous avons échangé à
propos de cette ville, ces lieux importants nos impressions, nous avons échangé
nos points de vue à propos des habitants, notre sympathie pour les espoirs, les
progrès nécessaires ; ces échanges font notre relation et feront nos
souvenirs, c’est ainsi, c’est suffisant. Je ne crois pas que les voyages soient
l’occasion de collectionner les noms, les adresses, les promesses de se revoir,
dans le futur.
N.Kurtovitch
Ce texte est terminé depuis
hier soir, mais ce matin en marchant à travers le jardin botanique, j’ai une
nouvelle fois traversé l’ancien cimetière, j’y ai vu une tombe. Elle a attiré
mon regard et retenue mon attention car elle porte le nom d’un écrivain
contemporain, bien connu de