Préface Nicolas Kurtovitch continue avec Autour
Uluru sa marche et son écriture dans un désert / livre où il vient pour la
troisième fois, là où des hommes marchent depuis toujours et l’accompagnent. Il s’agit ici d’une marche non
seulement dans un désert mais dans celui inscrit dans le patrimoine mondial
comme un paysage sacré, millénaire, où continuent de vivre les légendes et les
hommes qui en sont nés. Ce sont les lieux qu’affectionne
particulièrement Nicolas Kurtovitch, ceux où souffle l’âme des ancêtres et où
on peut encore, au bout d’une marche initiatique pour qui sait écouter, l’entendre.
Le livre devient la trace de la recherche et celle de sa révélation. La marche
/ écriture comme (seule ?) voie possible de communication avec les hommes,
voilà ce que nous proposent l’homme et l’écrivain. Pour cela il faut commencer par la
purification qui permet de se présenter au monde nu. La
réalité est douloureuse, elle peut rebuter, faire peur. On comprend la
tentation de céder devant la peine. Pour ne pas renoncer il faut se mettre dans les bonnes
conditions. L’écrivain sait qu’au bout du chemin (de croix), le salut
(des mots) sera là et qu’il sera plus proche de ce peuple qu’il aime tant. Il connaît tous ceux qui ont marché
dans le désert, de Moïse à Théodore
Monod (qu’il cite au passage), il connaît le danger. Il « opte
pour le minimal ». Véritable mystique, sa foi fait des
miracles. La marche hypnotise, transporte
jusqu’aux rives du délire et du mirage libérateurs, qui font traverser le
temps et atteindre l’origine de l’homme: Le lecteur peut alors (entraîné et porté par
l’auteur) se fondre, se dissoudre, épouser
la terre, ses éléments et les esprits qui l’habitent. L’écriture est là
pour faire partager l’expérience. L’illumination précède une
véritable communion qui, avec leurs mots et le texte qu’elles
construisent, placent l’homme au centre du monde, lui permettent de se
mesurer à Dieu. La terre redevient la matrice
primordiale. Cette « indéniable présence féminine à Uluru »
n’empêche pas que la mort ne soit « jamais bien loin » et
qu’ « en dernier lieu nos os se mêleront à la poussière ». Chez Nicolas Kurtovitch les mots sont les
pas qui construisent la phrase, les phrases sont les pas qui construisent le texte. Il
s’agit là d’une écriture indissociable de la vie, de la marche de l’homme vers
sa connaissance, celle de l’autre, et celle du monde. Le marcheur/écrivain peut alors
rencontrer le serpent Arc en ciel. L’homme revient dans son quotidien
et sa réalité, « complètement vidé la marche achevée » comme
l’est l’écrivain le texte achevé. Mais il laisse un poème porteur
dorénavant aussi bien de la légende que de la mémoire (celle des aborigènes,
celle de l’auteur, celle du lecteur). Passage de la vie dans l’œuvre et
vice versa : c’est bien là une caractéristique de l’auteur. La marche/écriture
est exorcisante : l’homme est purifié. C’est à ce « quelque chose
» qui s’est passé, « le parcours d’un chemin vers le
centre », que vous convie ce livre tout en invitant chacun à «
faire le chemin ». On l’aura compris Autour Uluru n’est pas un carnet de route ni de voyage,
c’est un récit initiatique, vaste poème qui vous emmène au cœur des origines. C’est aussi une allégorie puissante de
l’écriture : laisser les mots se chercher / pour se trouver / se retrouver
/ devenir plus que soi et atteindre l’Autre. Les photos de Nicole Kurtovitch ne sont
pas juste des photos mais des photos justes : elles accompagnent la
marche/écriture et sont autant d’indices/’invitation offerts au lecteur. Ce livre poursuit le chemin cherché/emprunté que
constitue l’œuvre déjà conséquente de Nicolas Kurtovitch qui s’affirme comme
étant une des grandes voix calédoniennes.
Jean Claude Bourdais |