Poème pour l’ouverture du Centre culturel Tjibaou

 

          Ce poème a été lu par l’auteur lors de l’ouverture au public du Centre culturel Tjibaou le 16 juin 1998, en présence de Marie Claude Tjibaou, Emmanuel Kasarherou, Octave Togna, de l’ensemble du personnel de l’A.D.C.K,  et du public.

 

 

Peuple d’ici

le courant familial

m’a déposé sur votre rivage

en retour de mes empreintes sur le sol

recevez ces mots écrits

qui sont mon visage et ma parole

en parcourant le pays kanak

c’est aux champs à la case et aux gestes

que mon cœur et mon esprit

se sont ouverts

je viens à vous découvert

les pieds nus

et libre

acceptez mon don qui est signe

de reconnaissance

 

 

Il est au cœur de tout ce qui vit

une énergie sans nom

qui prend sa source nulle part

elle guide à travers le monde

jusqu’au cœur de hommes

les racines du grand arbre

elle guide à travers l’océan

les vents et les courants

jusqu’aux rivages des hommes

elle guide et porte en toute occasion

le pas des hommes justes

S’il nous était donné de pouvoir le faire

nous nous inclinerions chaque matin

remerciant le ciel de sa présence

saluant cette énergie sans nom

de nous tenir droit sur la route

 

Aujourd’hui nous demandons aux hommes

de notre pays

d’être clairvoyant

tant de faux savoir de connaissances sans usage

tant de paroles mensongères

nous ont conduit à ignorer la vie

celle qui courent dans les vallées

Amoa Tipindje Hienghène

je vous entends

ici vous êtes

ici vous vous donnez

ici vous irriguez le monde

Aujourd’hui nous disons aux hommes

de repousser toujours plus loin

la peur et le refus de l’autre

Aujourd’hui je me tiens debout

mes pieds se couvrent de terre

et mes racines viennent de très loin

elles ont, à travers l’Europe

reçu la force de parcourir l’océan

elles ont en de multiples directions

parcouru votre terre

voici mon visage voyez-le

je suis autre et je suis d’ici

je suis différent des hôtes

dont la terre et le sang m’ont accueilli

A vous kanak je clame

votre terre m’accueille une nouvelle fois

son souffle me transforme

je viens là dire ma reconnaissance

 

Enfin nous voyons se dresser

le geste kanak de l’énergie sans nom

après tant d’épreuves

tant d’ignorance et d’orgueil

je dis mon attente

que ce geste révèle un sentier nouveau

du cheminement au rythme des conques

 

La parole est là

 

attentifs

soyons humbles nous qui trop souvent

croyons dominer le monde

osons l’ignorance et le vide

la disponibilité

que la parole kanak fasse son chemin

 

de l’esprit et du cœur

 

Nous

accueillis ici

franchissons les portes

laissons au-dehors les milles démons

le lieu est ouvert

laissons au-dehors les mille démons

un homme se tient au seuil

près de lui les formes et les noms

visages et connaissance de l’univers

l’appel de la conque trouve les coeurs

 

du pays tout entier

nous serons là

à la rencontre de

l’autre.        

 

                                                                                                                      Nicolas  Kurtovitch