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A propos de la pertinence aujourd'hui en N.C de la notion du métissage
culturel. Modeste et courte contribution d'un écrivain calédonien qui préfère dire qu'il se situe
dans une interface culturelle.
C’est précisément à cause de cette vigilance que je m’interroge à propos du Métissage Culturel. Les cultures sont métisse ou ne sont pas, soit, cependant je crains, je redoute l’absence ? l’immobilité que je ressens dans cette affirmation. Peut-être à cause de l’aspect définitif que donne le verbe « sont » dans cette affirmation, peut-être à cause de la question qui me vient immédiatement à l’esprit en entendant cette affirmation : » et après, et maintenant que notre culture est décrétée métisse, vers quelle rencontre nous dirigeons-nous ? » L’affirmation que toute culture est un fruit métis est nécessaire par les temps qui courent aussi ne vais-je pas m’amuser à la contredire, entre autre raison, parce que je crois que dans mon pays c’est encore un horizon que bien peu de gens sont prêt à accepter et qu’il ne faut pas laisser passer le moindre doute, le moindre petit obstacle à la rencontre de l’autre et de soi En tant qu’écrivain, que créateur donc, mais également de chercheur de sens, chercheur de beauté et de vérité, je préfère penser et dire que je suis dans une interface culturelle, terme que j’emprunte à la géographie économique, à la fois pour l’espace d’échange et de rencontre qu’il nomme, à la fois pour l’espace mentale propre à chacun, qu’il peut engendrer. J’ai le sentiment d’évoluer dans un lieu d’emprunt, de rencontres, d’affrontements, d’amitiés, d’amour et de rejets. Un espace qui est celui d’une page blanche, d’une scène de théâtre ou de danse, une voie où deux ou davantage de cultures se donnent rendez-vous. L’attitude de l’écrivain mais une attitude que l’on peut croire être celle de tout créateur, ne peut être que le mouvement. Le métissage culturel à l’inverse du biologique n’est jamais atteint. Ce ne peut-être qu’une perpétuelle création, des alliages, des alliances se font, se défont, des emprunts des rejets des retours sur soi sur sa culture maternelle, historique, des échanges libres, indépendants. Tout est encore à faire, rien ne sera définitivement accompli ni achevé, mais tout est possible, tout est même déjà engagé. L’horizon se dégage, l’alizé souffle régulier et suffisamment puissant pour que la pirogue passe le récif et atteigne le rivage hospitalier. . Cette voie est celle de la pratique de «l’interface culturelle »** qui s’oppose, pour les années présentes à l’idée trop répandue et trop facilement acceptée du « métissage culturel », association rapide et pratique de termes, formant un tout indéfini, fourre tout, sac à pain où l’on découvre, au fond, plus de croûtons moisis que de pain frais. La pratique de l’interface culturelle, la pratique par les créateurs, artistes, peintres, musiciens, écrivains, architectes, poètes, de la reconnaissance, de la vision que nous existons dans un espace aux frontières par bonheur imprécises, où se rencontrent et s’enrichissent les cultures océaniennes et occidentales Alors que l’idée de culture métisse, de définitivement métisse, conduit l’artiste à vouloir créer quelque chose de métis, définitivement métis, [comme si ce qui se passe génétiquement pouvait se passer, ex-abrupto, sur simple décision, dans la peinture, la poésie…] l’idée de la pratique de l’interface culturel conduit à créer quelque chose de personnel, résultante ponctuelle d’énergies provenant d’horizon divers. C’est l’énergie créatrice qui peut être métisse, pas la création. – Je rêve de ne plus voir dans des expositions des œuvres se targuant d’être la manifestation d’une peinture métisse, et de fait reconnues comme telles, parce que l’artiste s’est contenté de coller sur sa toile un ou deux signes (masques, totems, et même pétroglyphes ) de la culture kanak, et ce sans que l’énergie multiple ne transpire. Le sous-tendu n’est-il pas alors d’acquérir ainsi une légitimité ? Le métissage en tant que légitimité, non-merci ! Encore une exclusion ! Je préfère vivre mes aller-retour, parfois incertains, parfois constructifs, dans ce front, ce lime, de l’interface culture. Je n’ai ni la prétention ni le désir d’acquérir un tertre ou un clan par ma création littéraire. La légitimité, si tant est qu’il en soit besoin, - mais bon, puisqu’on en parle, - ne s’acquiert pas par des actes spectaculaires mais par un vécu qui échappe à toute analyse, mais qui n’échappe pas au cœur de l’Autre, mon interlocuteur, celui-là avec qui je veux construire une nation. . Notre génération ne verra jamais ce métissage et c’est un mensonge que d’affirmer le contraire et c’est encore le meilleur moyen de ne jamais y parvenir parce que ce qui est vrai pour les Amériques et loin de l’être pour l’Océanie. L’interface comme attitude mentale est l’attitude qui permet de garantir un équilibre intellectuel et psychique, de garder ouvert le champ de la spontanéité, de rester en soi et en même temps d’être près de l’autre en évitant la fusion Ce que je rejette ce n’est pas l’idée du Métissage culturel – ce serait folie et ignorance de ma part- mais c’est le fait qu’en Nouvelle Calédonie les pouvoirs politique, administratif et culturel, s’emparent de cette notion, de cette possible réalité future, et présente le Métissage culturel calédonien, non seulement comme un fait accompli mais surtout comme un désir exprimé e totalement partagé par tous les habitants du pays. C’est un peu tôt pour la Nouvelle Calédonie. Nous ne sommes qu’au début de la rencontre véritable entre communautés libres, nous commençons tout juste à nous adresser des regards francs et ouverts les uns vers les autres. C’est pourquoi je préfère l’idée et la pratique de l’Interface Culturelle, il y a moins de risque d’y voir se perdre l’espoir d’une amitié véritable et constructive. C’est aux artistes tout autant qu’aux Gens Ordinaires de pratiquer et de faire vivre un éventuel Métissage culturel à venir, pas aux différents Pouvoirs de le décréter. L’affirmation par le sommet de la pyramide hiérarchique de l’urgence d’une Culture Métisse a aussi pour effet l’accélération de l’innovation dans la culture dominée et ceci en dépit des rythmes internes à cette culture. Les résultats risquent de n’être qu’au profit d’une mondialisation culturelle pas toujours enthousiasmante , car dans cette accélération ce sont encore les cultures des pays puissants qui ont le plus de chance de s’imposer. Les textes courts qu’on lira plus loin illustrent mon errance, mon déplacements conscient dans cette interface culturelle qui (a nom) est nommée Nouvelle-Calédonie. |