TANKAS en pensant à Tokubo
ces murs
emprisonnant
où est-elle
partie
celle qui passait là
le regard rivé à ses pieds
il y a assis
là
au coin sale et triste
un pauvre
exposant sa faim
il y a de la place
entre arbres aux grandes
branches sèches
pour un chemin
vers le ciel
les parcs
sont des lieux de paix
enfin
j’ai le temps
d’y aller
ce jeune homme
abandonné
le mur le soutien
aujourd’hui
sa tristesse est complète
on parle
de l’eau des ponts
ils sont là
j’aime
cette eau ces ponts
le matin
à peine réveillé
dans le froid de mars
je suis heureux
d’être près de la rivière
les métros passent
en crissant
les voitures font
la même chose
dans une grande indifférence
coincé près du pont
un arbre solitaire
au pied
de l’arbre oublié
il y a un banc de piêtre
au pied
du tas de pavés
hâtivement amassés
redevenus poussières
depuis ce siècle est triste
j’envie par moments
ceux qui n’ont rien
à penser
simplement à exécuter
le travail du jour
voilà les huit jours
sont passés d’un trait
que me reste-t-il
ton visage
ma femme au loin
ces gens
par milliers affairés
marchent en roulant les épaules
me dit un penseur poète
oui un peu c’est vrai
viendras-tu
me chercher tôt ce matin
comme les autres fois
je prie
que nous nous aimions
ici
il y a eu ma mère
et mon père
étaient-ils heureux
oui mais si peu de temps
j’imagine
quelques vêtements à peine
qu’il serait facile
de t’enlever
en arrivant chez nous
quel amour
reste-t-il
quel espoir de faire
l’amour
reste-t-il au S.D.F
je pense à eux
s’ils se trouvent
un soir dans un parc
s’ils le peuvent
comment s’aimeront-ils
leur abandon
côtoie la journée
le bonheur
celui-ci pourvu
qu’il n’en soit pas terni
j’ai en cet instant
la sensation que ma main
en glissant sous le goudron
parcourt ainsi la ville
aimée
il faudrait un miracle
pour que là
tu sois à me regarder
ici
pas de paix véritable
en face
à ma rencontre
le père aimant
par la main accompagne
son petit en pleurs
je goutte le bruit
les allées venues
l’agitation dynamique
quand la musique insipide
terni tout cela
« travaille
consomme et crève »
oui c’est à peu près ça
on rajoute
« grève générale »
les arbres
n’ont plus de feuilles
le ciel n’a plus de couleurs
en moi
il ne reste rien des utopies
je suis dans cette ville
sans oiseaux
toujours fatigué
comme les rares oiseaux
véritablement je l’aime
des chansons ici
de colères tristesses
chansons de printemps
accompagnent en tout temps
la vie
je suis comme un poisson
dans cette ville
la mer
là
cache son oxygène
celui qui hésite
entre être là
être avec d’autres
qu’elle grande pitié
s’installe
d’où viens
cette ville là
du temps passé
de l’arc en ciel
des torrents cachés
les petites rues
labyrinthe de saleté
tout le monde
marche
comme s’il courrait
ils sont sans expression
ces visages
d’où les passages
de métros ont ôté
le bonheur
je sens bien
ici
le vent chasse
en permanence
les nuages blancs
jamais je ne retournerai
sans nécessité absolu
dans les souterrains
où comme tous
j’ai le visage malsain
des jeunes femmes
courent
riant de tout
l’autre là
est épuisé comme un mort
celui sur un banc
qui mange même un peu
ne sait plus
la faim
qui tenaille au ventre
les jours
passent pour elles
identiques
à genoux les femmes
mendient
j’aimerai
que d’un coup
par la fore du souhait
tout ici
soit du bonheur
il y en a qui disent
aime ce que tu vis
là le bonheur
comment
quand la vie s’absente
souhaitons l’impossible
avec force
faut-il se redire
l’espoir
ou conduit-il à l’abandon
non
je ne veux pas
à force du temps gris
voir sur mon visage
une triste allure
cette ville
est double
je le sais
il suffit d’aller
les yeux ouverts
dans un autre temps
je me souviens
j’ai vécu là
près de l’eau
rien n’était différent
l’agitation
toujours
courir
sans tenir compte
du vital lâcher prise
le soir
j’aime la rapidité
du soleil à disparaître
comme s’il voulait là
tout abandonner
la Montagne Froide
s’étend par de-là
mon dos
y retournerais-je bientôt
les yeux fermés je prie
on m’appelle
par mon nom
gaiement mais que savent
ces amis
de la fatigue qui m’accable
tant de gestes
précipités chez celui-là
montrent la peur
la honte
d’être sale
étant ici
c’est loin en arrière
que je laisse
montagnes et beautés
contempler mon dos
donner
quelques sous
près de la boulangerie
j’ai du pain chaud
lui à le sourire
c’est souvent le même refrain
je m’assoupie
confiant
les amis sont là
brutale la trahison me fait pleurer
l’insouciance
est bien partie
j’aimerai tant trouver
là
près de l’eau le passé
me souvenir
de l’insouciance
les portes ouvertes
l’extrême confiance
qu’en reste-t-il
le monde
faut-il au plus vite
le changer
en déambulant par les rues
je le devine
il me suffit
de fermer les yeux
pour être
triste
des jours heureux partis
si je restais
là
le dos à l’arbre
près de l’eau
le passé surgirait-il
je me souviens
ou bien c’est le rêve
qui me conduit
Homme Montagne
d’il y a
quelques temps
un miroir
ma mémoire la grande affiche
exposent la sérénité d’un torrent
des rochers parsèment l’herbe verte
je m’insurge
criant à cette voix
tais-toi
un seul jour
oublie-moi